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2016-09-01T10:11:36+02:00

E comme Ego

Publié par Marie-Lore
E comme Ego

La fragilité, une faiblesse

Notre éducation nous a enseignés à être forts. La fragilité, l’hypersensibilité, le ressenti sont des faiblesses aux yeux du monde. Nous sommes élevés à réprimer nos émotions. Petits, on nous impose vite de les ignorer, de les zapper. Alors le cerveau, en grand guerrier pacifiste, arrive pour nous sauver. Il nous aide à trouver des mécanismes de défense adaptés à notre caractère, à nos points forts, à nos défaillances, pour que nous arrêtions de ressentir et de subir aussi fortement nos émotions. Nous allons pouvoir devenir “normaux”, comme tout le monde, et ne plus nous sentir observés par cette autorité à qui nous devons tout. Ces grands qui nous surveillent et qui nous jugent. Ces mêmes adultes qui sont sensés nous aider à devenir matures et forts en grandissant.

Le contrôle des émotions semble être la base de l’éducation

Notre cerveau fait entendre sa voix pour couvrir notre petite voix intérieure. Il met un contrôle sur nos émotions en les bloquant pour ne pas qu’elles puissent faire de vagues à l’extérieur… Il ne faut pas déranger les grands. Il faut les écouter, ces adultes qui ont autorité sur nous. De toute manière, nous n’avons pas vraiment le choix, petits. La conscience éveillée n’est malheureusement pas la qualité première des parents.

De quelles manières notre cerveau s’y prend-il pour exercer son contrôle ?

Nous utilisons une ou plusieurs parades pour être sûrs de devenir des amnésiques des émotions, des handicapés du ressenti, des parfaits automates respectables, des modèles pour la société, moulés à la perfection. Plus d’émotions, uniquement de la raison… Et le cerveau devient roi et s’empare de tous les pouvoirs. Il crée des dizaines de réactions qui deviennent des fonctionnements mécaniques. Notre ego se bâtit ainsi. Chacune est adaptée à un certain type de situation. Chaque situation qui se répètera, stimulera toujours la même réaction chez nous. Le cerveau est très fort pour rebondir, imaginer, fabriquer des mécanismes cousus sur mesure, qui nous vont comme un gant… Parfois c’est même de la haute couture, le meilleur couturier de l’Univers… Il finit par contrôler tout à chaque instant, à notre insu. Il a fabriqué un beau garde du corps, l’ego bien musclé et puissant qui ne se laissera pas démasquer par les autres, pour rien au monde. L’ego est maître de notre vie… Enfin pour un temps, tant que nous ne souffrons plus…

La mise en place de parades

Ces parades correspondent à ce que certains, en développement personnel, appellent les masques de l’ego. Cette personnalité, que nous sculptons et modelons autour de notre être, nous protège du monde extérieur. Elle possède une multitude de visages destinés à jouer des rôles différents et à convenir au mieux à ce que la société, la famille, attendent de nous. Et ce depuis que nous avons commencé à marcher et à parler. En fait, notre cerveau est un excellent garde du corps.

Ainsi peut-il se glisser dans différents rôles : la moquerie, l’arrogance, l’humiliation, la dépendance, l’autodérision, l’exigence, la souffrance physique, la fuite, la fermeture, l’intelligence surdéveloppée, la mélancolie, les faux semblants, le déni, l’oubli, la colère, le lissage, la justification, la bouderie, la sur-gentillesse…

Toutes ces manifestations sont des constructions du mental qui forge notre ego. Cet ego dont on parle tant et que nous finissons nous-mêmes par prendre pour nous. “C’est la vie, je suis comme cela. On ne change pas sa nature !” me disent certains…

Les zones de sécurité mises en place

L’ego pare à l’inconnu, aux attaques, aux insécurités, aux peurs… Il a développé des schémas en réponse à tout ce que nous vivons et qu’il va répéter à l’infini face aux mêmes situations. Comme il se sent en sécurité dans des scénarios qu’il maîtrise, il va inconsciemment se mouvoir dans un cercle identique à celui de son enfance, qui devient sa zone de sécurité. Il y trouvera toujours son équilibre. Il connaît par cœur les parades à utiliser pour se défendre d’agressions toujours similaires. Sans s’en rendre compte, il grandit en conservant le plus possible ce monde qu’il contrôle. Il attirera à lui un cercle d’amis identiques, de conjoints qui se ressemblent, d’histoires qu’il connaît par cœur. C’est facile à gérer et ces déstabilisations ne durent jamais longtemps. Il finit par lancer automatiquement un schéma mental qui le rassurera et le confortera dans ses pensées et dans sa vision de la vie. L’important est qu’il sorte vainqueur de chaque situation qui l’affaiblit et pourrait le montrer fragile.

Observez votre vie, votre passé et regardez le nombre de répétitions de situations que vous avez vécu.

Le hic est que ce personnage fabriqué de toutes pièces n’est pas forcément à sa juste place. L’ego joue le rôle qu’on attend de lui et qui va le faire vivre en paix avec son entourage. Il a choisi ses études en fonction des attentes de ses parents, le métier pour rassurer sa femme, le comportement adapté à son réseau social pour se faire aimer. Nous finissons par croire que nous sommes notre ego.

Nous sommes des imposteurs

Alors, c’est vrai, la quête qui doit nous conduire à nous-mêmes est difficile tant que nous ne rendons pas compte que nous sommes enfermés dans cette camisole bien particulière. Nous sommes des imposteurs. Si nous n’acceptons pas de remettre en question ce que nous sommes devenus, si nous croyons que cette personnalité d’aujourd’hui est notre être à part entière, si nous ne reconnaissons pas que nous souffrons, enfermés dans ce décor de théâtre au milieu d’autres acteurs, nous aurons du mal à aller vers nous-mêmes et à être heureux.

Ce costume sur mesure nous protégeait à l’époque comme une armure, certes, mais aujourd’hui, tant que nous continuons à le vêtir chaque matin, nous perpétuons notre état infantile. Nous réagissons face aux situations de la vie de la même manière que lorsque nous étions enfant. Quelque chose ne nous plaît pas, nous boudons, faisons le clown, nous enfermons dans le silence, restons de marbre ou bien nous faisons comme si tout allait bien.

Autant de réactions que nous connaissons bien, qui semblent régler une situation sur l’instant mais nous engourdissent dans le mal-être… Ces réactions spontanées font que notre mental agit sur nos émotions pour nous en couper aussitôt et nous empêcher de les

ressentir. Il tourne en boucle les fausses raisons de ce malaise afin de s’en extirper, mais en fait se noie dedans indéfiniment… Il nous anesthésie avec ses pensées incessantes pour nous permettre de moins souffrir, mais les chocs émotionnels, eux, sont bien là. Le corps les encaisse. Nous ne déchargeons plus ces charges émotionnelles continues : plus de larmes, plus de tristesse, parce que nous sommes forts. Pas de cri, pas d’émotions, nous maîtrisons. Et la vie repart.

Nous ne pouvons plus vivre l’instant présent

Dans ces instants de mobilisation extrême de notre cerveau par une multitude de pensées, grâce à ce brouhaha intérieur, nous sommes en dehors du présent. Nous nous extirpons de l’instant présent pour ne plus ressentir. Nous faisons appel à notre mémoire pour trouver la parade qui va nous couper de notre état physique. Tout se passe en une fraction de seconde, l’ego, le cerveau est l’ordinateur le plus sophistiqué du monde. Nous allions nous sentir mal, en un éclair nous sommes dans nos têtes, coupés de la réalité de l’instant. Et nous voguons entre notre passé qui se répète et notre futur que nous espérons joyeux…

Alors de temps en temps, nous nous disons :

“Et si nous allions consulter un voyant ou un astrologue pour nous rassurer, pour entendre un joli conte, histoire de nous endormir un peu ?”

Acteur ou créateur ?

Et si nous faisions tomber les masques afin de retrouver nos sensations, de nous sentir vivants, de réaliser nos rêves, afin d’être créateurs et, plus simplement, acteurs ?

Et si nous enlevions le maquillage pour revenir à une vie plus naturelle, plus fraîche, plus authentique ?

Alors, un ego pour toujours ?

Nous finissons par croire à notre ego jusqu’au jour où notre être souffre beaucoup trop de la trahison, de la colère, de la mauvaise foi, du déni, du manque d’amour, d’une mauvaise santé, d’une fatigue physique, d’un harcèlement moral, du mensonge, de la dureté, du côté morbide des autres ou de soi-même. C’est quand nous nous sentons mourir que nous avons envie de vivre. C’est là que nous sommes prêts nous-mêmes à démasquer notre ego.

Comment se débarrasser de l’ego ?

Il faut donc sacrément pousser loin le bouchon si l’on veut renaître à la vie et se rendre compte de la place qu’a prise, dans notre vie, cette fabrication mentale. Notre ego dirige tout et se sent très fort. Il nous a enfermés lentement dans un uniforme. Nous finissons par nous sentir à l’étroit dans ces habits trop petits. Nous sommes de plus en plus mal à l’aise.

Lorsque nos parades ne nous rendent plus si heureux que ça, nous décidons enfin de faire taire la voix de la raison. C’est quand notre zone de sécurité devient trop inconfortable que nous devons ouvrir les yeux pour ne plus souffrir à nouveau… C’est le ras-le-bol du ras- le-bol qui nous fait bouger enfin !

Petits, nous n’étions pas capables d’être responsables de nous- mêmes à 100%. Alors, face au manque d’écoute et de conscience des grands, face à leur injustice, leur abandon ou leur rejet ou autres comportements qui ont suscités chez nous des émotions négatives, nous avons installé ces parades. Mais c’étaient des réactions enfantines.

Adultes, nous entreprenons un travail sur nous parce que nous avons envie d’être plus épanouis et que nous aimerions trouver notre place.

Ce travail nous aide à nous regarder faire et à voir ô combien nous sommes formatés à fonctionner de la même façon face aux mêmes situations. Nous comprenons alors à quel point ces parades ne sont pas adaptées à notre état d’adulte. Elles se sont transformées en armure autour de notre être intérieur.

Jadis, elles nous ont protégés des grands mais, aujourd’hui, elles mettent un barrage entre nous et les autres. Et parfois même elles ont construit un mur devant notre espace intérieur. Nous avons perdu le contact avec notre être intérieur, avec nos désirs, notre créativité. Nous nous sentons de plus en plus serrés et ridicules dans nos habits de parade. Il est temps de ranger la malle à déguisement de notre enfance.

Il est venu le moment de chercher les actions adéquates et adultes face à ce présent qui se déroule sous nos yeux et non à réagir d’une manière infantile en boudant, en fuyant ou en se sentant abandonnés parce que nous laissons notre esprit cataloguer cet évènement dans la rubrique du “déjà vécu”…

Et là, seulement, quand, avec amour, nous rangeons ces masques et choisissons l’attitude d’adulte qui nous rend heureux, nous effeuillons petit à petit cet ego qui s’est substitué à notre être. Nous devenons nous-mêmes, cet être parfait qui vit au fond de nous et qui n’a plus besoin de plaire aux autres ni d’être aimé par une autre personne que nous-mêmes.

Merci l’ego

En attendant de le démanteler, remercions notre ego. Il nous sauve de petites morts au quotidien jusqu’à ce que nous décidions de vivre en nous réparant nous-mêmes, en choisissant un comportement d’adulte et non d’enfant… Parce qu’au fond, l’être humain est fait pour être dans sa vérité, pour se respecter, être heureux et branché sur le cœur. Et là, il aime nager dans l’amour. ♥

E comme Ego page 123

"L'Abécédaire de l'accompagnement de l'Etre" par Marie-Laure Staudt
E comme Ego

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